En bref
Commencez par noter une semaine réelle de travail administratif, puis demandez à ceux qui le font comment ils s'y prennent vraiment. Notez chaque irritant selon sa fréquence, son coût et la clarté de ses règles, et classez les données qu'il touche. Corrigez ce qui est flou avant d'automatiser quoi que ce soit.
Mars, en pleine saison des impôts. Un comptable indépendant voit quatre ou cinq clients par jour et en finalise deux ou trois. Il garde toujours une trentaine de dossiers en suspens : la déclaration est presque terminée, il manque une réponse du client, et les documents arrivent au compte-gouttes par courriel. À chaque relance, il doit se rappeler où il en était. Ses mots : « Le suivi de ça, c’est lourd. »
Dans une PME, l’administratif pèse surtout par l’accumulation de petites choses que personne n’a jamais regardées d’un coup.
Pourquoi ne voit-on pas ce que l’administratif coûte ?
On ne le voit pas parce que personne ne l’a jamais mesuré, et qu’il est éparpillé. Il arrive par courriel, par texto, sur WhatsApp, au détour d’un corridor. Chaque demande semble courte. Le coût réel se trouve dans la dispersion : reprendre un dossier, retrouver un fichier, se rappeler ce qui manquait. Et il grossit à chaque nouvel employé ou nouveau site.
Un dirigeant me l’a résumé ainsi : « Faire l’action, ça ne prend pas le temps. C’est la dispersion. »
Prenez un dirigeant qui gère plusieurs établissements. Chaque lundi, il prépare lui-même 9 à 12 factures à partir d’une liste reçue par courriel. Il estime que ça lui prend entre une heure et une heure et demie. Les reçus de dépenses de ses employés lui arrivent sur WhatsApp, une douzaine toutes les deux semaines. Traités d’un coup, il estime qu’il lui faudrait 25 minutes. Il les traite un par un, le soir, au fil des arrivées.
Étape 1 : comment lister une semaine réelle ?
Pendant cinq jours ouvrables, notez tout ce qui vous interrompt pour une tâche administrative, au moment où ça arrive. Pour chaque ligne : ce qu’on vous demande, qui le demande, par quel canal, et combien de temps ça vous prend, à peu près. Notez la semaine telle qu’elle se passe, pas telle qu’elle devrait se passer.
Une simple feuille de calcul suffit, avec quatre colonnes :
- La tâche (« facture du site B », « question sur une paie », « reçu à rembourser »).
- Qui la demande.
- Le canal (courriel, texto, WhatsApp, téléphone, en personne).
- Le temps estimé, y compris le temps pour s’y remettre.
Au bout de la semaine, regroupez les lignes semblables. Les tâches qui reviennent souvent ressortent d’elles-mêmes. Si vous préférez une estimation plus rapide, l’auto-diagnostic vous donne un ordre de grandeur en quelques minutes.
Étape 2 : comment savoir ce que vos équipes font vraiment ?
Demandez-le aux personnes qui font le travail, une par une, en leur faisant montrer leurs étapes à l’écran. La façon de faire prévue et celle qui est suivie sont presque toujours différentes, et l’écart montre où la procédure officielle ne marche pas.
Le comptable de l’ouverture en est un bon exemple. Officiellement, ses clients déposent leurs documents dans un portail sécurisé. En pratique, ils ne s’y connectent pas : la notification est tombée dans les indésirables, ou ils ne l’ont pas vue. Il finit par leur écrire, et ils répondent au courriel, pièces jointes comprises, numéro d’assurance sociale inclus. Pour le client, c’est plus simple de répondre au message qu’il vient de recevoir. Le portail ne sert plus à rien.
Même chose à l’interne. Sa plateforme d’impôt affiche des statuts comme « en attente », mais personne ne sait pourquoi un dossier attend. L’équipe tient donc un fichier Excel à part, mis à jour chaque jour à partir d’un export.
Pendant ces entretiens, vous entendrez des phrases comme « Je n’ai pas vu la procédure. Je ne sais même pas si elle existe, mais elle est supposée exister. » Notez-les. Elles vous disent où chercher.
Étape 3 : comment décider quoi régler en premier ?
Donnez une note à chaque irritant selon quelques critères simples, puis commencez par les notes les plus hautes. Sur notre méthode, nous utilisons six critères notés sur 5, pour un total sur 30. Une tâche fréquente, longue, aux règles stables, dont les données sont déjà dans vos outils et peu sensibles, passe en premier.
Les six critères :
| Critère | La question à se poser |
|---|---|
| Fréquence | Combien de fois par semaine la tâche revient-elle ? |
| Temps perdu | Combien de temps prend-elle à chaque fois, et à qui ? |
| Stabilité des règles | Les règles sont-elles les mêmes à chaque fois ? |
| Données disponibles | Les informations sont-elles déjà dans vos outils ? |
| Sensibilité | La tâche touche-t-elle peu de données sensibles ? |
| Lien avec vos objectifs | Fait-elle avancer ce que vous visez ce trimestre ? |
Une note basse en stabilité des règles est un signal clair : la tâche doit être corrigée avant d’être automatisée.
Étape 4 : pourquoi classer les données avant de changer quoi que ce soit ?
Parce qu’au Québec, l’entreprise répond des renseignements personnels qu’elle détient. La Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, modifiée par la Loi 25, s’applique à toutes les PME. Avant de modifier un processus, sachez quelles données il touche. Ça décide de ce qui peut être automatisé, et comment.
Une façon simple de classer, en trois zones :
- Zone verte : aucune donnée personnelle (horaires de fournisseurs, inventaire, modèles de documents). On peut automatiser.
- Zone jaune : données d’employés ou de clients (coordonnées, paies, factures). On automatise avec consentement, des accès limités et, quand c’est possible, des données anonymisées.
- Zone rouge : santé, numéros d’identification comme le numéro d’assurance sociale, dossiers personnels. Ces données ne vont jamais dans un outil d’IA.
Le courriel du comptable, avec un numéro d’assurance sociale en pièce jointe, est en zone rouge. Avant d’automatiser les relances, il faut changer le canal par lequel ces documents arrivent. La Commission d’accès à l’information publie des guides utiles pour les PME sur ces obligations.
Que faut-il corriger avant d’automatiser ?
Le plus souvent, une règle écrite, un accès mieux découpé ou un registre simple. Ces corrections ne coûtent presque rien et règlent une bonne partie des irritants. Elles rendent aussi les étapes assez claires pour qu’une automatisation fonctionne ensuite.
Quelques corrections vues sur le terrain :
- Écrire une règle de calcul. Une entreprise calculait les commissions sans règle écrite. Une fois précisé qu’elles se calculent sur l’argent encaissé, avant taxes, et non sur le prix total de la vente, le désaccord avec un vendeur a cessé.
- Tenir un registre. Des demandes de remboursement envoyées sans numéro ni suivi : un mois a été déclaré « jamais reçu » alors qu’il avait bien été envoyé. Un numéro par demande et une colonne « envoyé, payé ou non » ont suffi.
- Séparer les accès. Un compte de télécopieur mêlé aux documents personnels du dirigeant obligeait tout le monde à passer par lui. Séparé, il est utilisable par un employé.
- Vérifier ce que vos outils font déjà. Un client voulait relier deux logiciels. L’un des deux faisait déjà ce qu’il cherchait : il suffisait d’activer une option, moins chère que l’automatisation prévue.
L’erreur la plus fréquente est d’automatiser une étape qui n’est pas encore claire. Dans une entreprise, le logiciel de gestion de la clientèle affichait 94 clients dans un programme, dont seulement 3 marqués comme terminés. Personne n’avait mis les étiquettes à jour. Le rapport annonçait donc 91 clients actifs, et c’était faux.
Le comptable l’a compris de lui-même. Prévoir dès le départ la liste complète des documents de chaque client est impossible : elle varie trop. Mais quand le dossier est presque fini et qu’il sait exactement ce qui manque, une relance automatique a toute sa valeur. On automatise l’étape qui est déjà claire. Comme il le disait d’un autre sujet : « C’est plus un enjeu processus qu’un enjeu système. »
Les solutions qui viennent après une cartographie partent toujours de là.
En résumé
Cartographier l’administratif, c’est noter une semaine réelle, écouter ceux qui font le travail, noter chaque irritant et classer ses données. La plupart des gains viennent de corrections simples, faites avant toute automatisation. Pour savoir combien d’heures l’administratif vous prend, commencez par l’auto-diagnostic, ou demandez un Diagnostic Présence pour qu’OptiAI fasse cette cartographie avec vous.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour cartographier l'administratif d'une PME ?
Une semaine d'observation suffit pour un premier portrait : vous notez tout ce qui vous interrompt pendant cinq jours ouvrables. Il faut ensuite quelques heures pour parler avec vos gestionnaires ou employés et noter chaque irritant.
Faut-il un logiciel pour cartographier ses processus ?
Non. Une feuille de calcul ou un carnet suffit. Ce qui compte, c'est de noter ce qui se passe vraiment, qui le demande et par quel canal, pas l'outil dans lequel on l'écrit.
Par quoi commencer : corriger ou automatiser ?
Corriger. Une tâche dont les règles changent d'une fois à l'autre ne s'automatise pas bien. Écrivez d'abord la règle, découpez les accès et faites un modèle de document, puis automatisez les étapes qui sont devenues claires.
Que faire des tâches qui touchent des renseignements personnels ?
Classez-les avant d'y toucher. Au Québec, la Loi 25 rend l'entreprise responsable des renseignements personnels qu'elle détient. Les numéros d'assurance sociale et les données de santé ne vont jamais dans un outil d'IA.